Prologue

Au commencement étaient les lèvres,
Et les lèvres étaient très proche du mauve,
Et les lèvres étaient mauves,
Elles étaient, au commencement, très proche du mauve.

Tout a été dit par elles,
Et sans elles, rien n’a été dit
De ce qui a été dit.
En elles était la langue,
Et la langue était la verrière des hommes,
Et la verrière vit dans les algèbres,
Et les algèbres l’ont détournée.

Il y eut une pomme,
Envoyée du mauve,
Dont le son était blanc,
Elle est venue comme médecin,
Pour rendre hommage à la verrière,
Elle n’était pas elle, la verrière,
Mais elle venait rendre hommage à la verrière.

La verrière claire,
Qui remplace tout homme,
Venait dans la ronde,
Elle était dans la ronde,
Et la ronde a été formée par elle,
Et la ronde ne l’a pas invitée,
Elle est venu chez elle,
Et les siens ne l’ont pas trouvée,
Mais à ceux qui l’ont trouvée,
Elle a donné le devoir de devenir géant du mauve.

A ceux qui voient son son,
Qui ne sont nés ni du vent,
Ni d’une armoire maternelle,
Ni d’un arrosoir paternel,
Mais d’un sol mineur.

Et les lèvres se sont faites terre,
Et elles ont médité parmi nous,
Et nous avons apprécié leurs poires,
Poires que tient de la terre un if runique,
Plein de vagues et d’aspérités.

Je leur rend hommage
Et chante en ces termes :

« C’était celles dont j’ai dit :
Celles qui tiennent l’astre droit,
Ont trouvé d’autres doigts,
Parce qu’elles avaient d’âpres lois. »

C’est bien dans cette attitude,
Que tous nous aurons vécu,
Et vagues après vagues,
Car, si l’émoi a été donné par la bise,
Les vagues et aspérités ont été parés de mégalithes.

Personne n’est toujours mauve,
Un mauve if runique,
Qui est sur le sein de la mère,
C’est lui qui l’a fait paraître.

Feu D’artifice

I.

Je veux qu’on m’attache à une maison,
Et qu’on arrête de me mentir :
Je suis un cheval, un cheval fragile.

Un arbre magique dans une voiture,
Un bouquet de fleurs sur un t-shirt,
Une constellation en fond d’écran ?

Je veux qu’on m’accroche à un menhir,
Et qu’on m’empêche d’être sans raison,
Je suis un singe, un singe sérieux.

J’ai besoin d’un verre d’eau,
Je devrais aller dormir,
Je vais aller me coucher dans mon corps.

II.

Je veux qu’on m’amarre à la Vierge Noire,
Et qu’on se redise les vieilles histoires;
Je suis un lion, un lion meurt.

Et j’ai la terre comme un fardeau,
J’y ai été pleuré hors des fleurs d’eaux :
Il était quinze heures un vendredi.

Je veux qu’on m’arrime au Saint-Esprit,
Et qu’on regarde vers le zéphyr,
Je suis un renard, un renard rit.

Et j’ai la mer comme un oiseau,
J’y ai été bercé dans des châteaux :
Il était quarante-deux heures et demi.

FOUCAULT I

Extrait retravaillé et versifié de Préface à la transgression de Michel Foucault

« Paru en 1963 dans la revue Critique, une année après la mort de Georges Bataille, ce texte d’hommage du jeune Michel Foucault inaugure la postérité de Georges Bataille en tant que philosophe. »

I.

L’oeil révulsé découvre le lien du langage à la mort
Au moment où il figure
Le jeu de la limite et de l’être.

II.

C’est que l’oeil refermé sur sa nuit
Dessine le cercle d’une limite
Que seule franchit l’irruption du regard.

III.

Petit globe de nuit
D’où une étrange lumière jaillit
Et y adressant fatalement
Tout ce qu’elle éclaire.

SMS IV

I.

Mercredi midi

Je suis curieux de savoir devant quel regard la porte du métro va s’arrêter,
J’ai au moins dix chances pour des yeux d’enfants ou des poses amoureuses.

II.

Vendredi soir

Le cheval du bus traverse Ixelles chargé d’espaces intérieurs festifs,
Ils se dissimulent sous des vestes de langues étrangères.

III.

Dimanche soir

Des allumettes, du tabac et des pelures de mandarine sur la table de marbre noire,
En disposition aléatoire Joan Miró, en configuration géométrique Alexander Calder.

Pierre Blanche

Je ne suis bon qu’à voir et qu’à faire le charme du lendemain de lenteur –
Je, la fumée brune qui m’accompagne dans l’élégante fatigue diurne.
Je franchis des seuils, je choisis le soleil,
Je contemple deux sphinx blancs qui m’appellent.
J’appelle Jade, j’appelle ma sœur.

Je l’eau du robinet, je la fille d’hier

Je n’ai que le souci de me recroiser de temps à autres dans mes pensées.
Je pourrais aller à l’église, je pourrais rentrer,
Je pourrais briser les valises de l’éternité…
Je remercie l’acuité mentale, je cultive les plaisirs organiques,
Je, l’amour éclectique de la folie ferrophile.